Le maire LR d'Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, Bruno Beschizza, le 11 mai 2023, à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )
Du "mur" d'écrans où défilent en continu les images des 550 caméras d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), la police municipale ne peut tout voir: dès que la loi le permettra, le maire LR souhaite reprendre la vidéosurveillance algorithmique, testée entre 2021 et 2023, malgré les critiques sur son opacité.
Cette technologie VSA repère comportements suspects et situations anormales selon des critères prédéfinis, offrant un gain de temps aux opérateurs qui sont orientés sur un flux vidéo en particulier.
Aujourd'hui, sans cette surveillance augmentée, les équipements d'Aulnay permettent déjà une fine précision.
Main sur le joystick, une agente du centre de supervision urbain (CSU) zoome jusqu'à n'avoir à l'écran plus que la plaque d'immatriculation d'un véhicule mal stationné. Et l'information est aussitôt transmise pour verbaliser le propriétaire.
Cette haute définition préoccupe Oussouf Siby, élu d'opposition, car en zoomant sur un téléphone, une caméra peut, selon lui, "vous dire à qui vous avez envoyé le SMS et qu'est-ce que vous envoyez."
Dans le quartier des 3.000, le déploiement de la vidéosurveillance imprègne foncièrement le paysage urbain. Sur plusieurs carrefours rapprochés, se dressent d'imposants mâts en béton, ceints de barbelés et surmontés d'une caméra rotative.
- "Prison à ciel ouvert" -
"Quand on se déplace, on a l'impression d'être dans une prison à ciel ouvert", déplore le conseiller municipal.
Protéger les équipements voués à protéger les habitants: cette logique s'explique par les émeutes urbaines du début de l'été 2023 en France durant lesquelles 52 caméras ont été détruites à Aulnay-sous-Bois.
Ancien policier, le maire Bruno Beschizza plébiscite la vidéosurveillance au point d'avoir, entre 2021 et 2023, poussé le curseur plus loin en expérimentant la vidéosurveillance algorithmique.
Une caméra de vidéosurveillance le 18 avril 2024, dans une rue à Paris ( AFP / JOEL SAGET )
Première utilité vantée par l'élu LR: identifier rapidement les auteurs de dépôts sauvages d'ordures dont le coût du ramassage "dépasse les 600.000 euros par an".
Au printemps 2023, la loi "Jeux Olympiques et paralympiques" autorise le recours à la VSA sur des sites liés à Paris 2024. Aulnay n'est pas retenu dans cette expérimentation au grand dam du maire, contraint de stopper l'utilisation de cette technologie dans sa ville.
"Pas fanatique du système chinois" qui note les citoyens en fonction de leur comportement, Bruno Beschizza plaide néanmoins pour la reconnaissance faciale, ligne rouge pour les défenseurs des libertés fondamentales.
- "Qu'on sache" -
Une voiture de police dont la vitre a été brisée lors des échauffourées qui ont suivi la victoire du PSG en Ligue des champions, à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, le 4 juin 2026 ( AFP / SIMON WOHLFAHRT )
"Ca ne me choquerait pas", assume celui qui a été réélu en mars pour un troisième mandat, "que dans le périmètre des écoles, quand il y a des caméras, quand il y a une personne définitivement condamnée par la justice pour pédophilie, on sache".
La vidéosurveillance diffusée sur "le mur" de près de 12 mètres du CSU reste actuellement cantonnée au cadre légal: pour répondre aux centaines de réquisitions judiciaires annuelles, "les images sont conservées 30 jours", affirme Julie Roizes, cheffe de salle.
Si aujourd'hui, 23 agents se relaient 24h sur 24 au centre de surveillance d'Aulnay-sous-Bois, le directeur de la police municipale William Roizes anticipe une transformation radicale du métier.
"Dans dix ans, je pense qu'il n'y aura plus forcément d'humains derrière les caméras", estime le chef de cette force au sein de la ville de 86.000 habitants.
Une vision vivement contestée par Oussouf Siby.
"Faire cette erreur de dire qu'on met tout sur la caméra et pas sur la présence humaine, ce n'est pas l'un ou l'autre: c'est les deux qu'il faut mettre en œuvre," plaide l'ex-candidat socialiste aux municipales.
Depuis trois ans, l'opposant réclame une évaluation indépendante du dispositif VSA qui a été utilisé pendant deux ans.
"On n'a pas de bilan à la fois qualitatif et quantitatif", regrette celui qui a également demandé, en vain, une copie du contrat pour connaître les spécificités du logiciel exploité.
"La municipalité refuse donc on a vraiment peu de transparence sur l'utilisation des caméras", regrette Oussouf Siby.
Sur la VSA, Bruno Beschizza admet qu'"il n'y a pas eu d'études scientifiques" et que "(s)a perception est forcément partielle".
Face aux critiques qu'il qualifie de "petit noyau de bonne pensance", lui juge que les limites actuelles de la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés) "sont trop restrictives".
Et porter le parc à 800 caméras compléterait le maillage actuel de la ville, ce qui répond, selon lui, à "une demande citoyenne".

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